ZOMBIE

 

 

Pour inaugurer cette rubrique cinéma, je me suis penché sur le cas d'un film d'horreur de la fin des années 70 : « ZOMBIE »*. Pourquoi choisir ce film et pourquoi justement un film qui n'ait pas l'ambition d'assumer son statut de film politique, à l'instar d'un « PUNISHMENT PARK » par exemple ? Parce que souvent et de manière généralement très discrète de nombreux auteurs de films de genre ont parseméEs leurs œuvres d'interrogations sociales et de réflexions politiques. Ce qui est intéressant, c'est ce qu'on peut parfois lire entre les lignes de ce cinéma souvent transgressif, souvent américain et très souvent sous-évalué et les audaces que permettent la science-fiction et l'horreur. « ZOMBIE » est un film, dans ce sens, remarquable. Il y a un but certain et une signifiance clairement politique dans ce thriller à base de macchabées bouffant tout ou partie du casting, dans ces coups de feus et dans ces coups de machettes, dans ces tripes éparpillées et dans ces cervelles éclatées…

"THEY MUST BE DESTROYED ON SIGHT !"

1978, Romero s'attaque avec « ZOMBIE » à la suite de son premier et seul vrai succès à l'époque : «  LA NUIT DES MORTS VIVANTS ». Cette fois ci avec un peu plus de moyens, il va mettre en scène le film de zombie qui redéfinira le mythe dont il avait fait l'ébauche dix ans auparavant («  LA NUIT … » est au film de zombie ce que « 2001 » fut aux films de SF, c'est-à-dire une révolution). Cependant, contrairement à ses copies, ce n'est pas tant l'horreur graphique qui intéresse Romero que la description d'une société en voie de mortification. Si on s'y arrête deux minutes, « ZOMBIE » est plus qu'un simple film de monstres mangeurs d'humains, plus qu'un film gore forcément complaisant… « ZOMBIE » est une œuvre surprenante et qui aujourd'hui encore, 25 ans après, nous renvoit toujours aux mêmes questions…

 

 

1968. Cette année là, les gens ont le choix entre le rêve proposé par le « 2001 » de Stanley Kubrick et le cauchemar de Romero : «  LA NUIT DES MORTS VIVANTS ». Comme dans le film de Kubrick, le rendu se veut réaliste, le plus réaliste possible… mais si certains bénéficient de 4 ans de production et de moyens considérables, Romero, lui, n'a que quelques centaines de milliers de dollars. Efficacement le manque d'argent et d'acteurs va l'obliger à coller au réel. Au milieu de cette abracadabrante histoire de morts qui sortent de leurs tombes, le spectateur en sait autant que les protagonistes, on ne sait que ce qu'ils savent, et ce manque d'informations et de sens va augmenter la véracité de ce que l'on voit à l'écran.

On apprend progressivement ce qui se passe au-delà de la maison où touTEs sont retranchéEs par des bribes d'informations à la radio et par les différents récits des protagonistes, et c'est tout ce que l'on saura. Il n'y a quasiment aucune justification évitant par là même de donner un aspect involontairement comique à son film. Il en résulte alors une identification très forte avec les protagonistes, au-delà de la réussite cinématographique, ça devient sociologiquement un élément très important. Dans cette communauté forcée, se retrouvent plusieurs caractères et plusieurs mentalités. C'est intéressant de noter que ce petit film américain tourné dans les années 60 présente comme personnage central, charismatique et futé, un Noir, et qu'il est opposé à un autre personnage, lâche et stupide, qui lui est Blanc. Ils seront touTEs mangéEs, sauf Ben, le Noir, qui sera abattu par la garde civile qui l'a confondu avec un zombie. Le film se clôturait sur un final très cynique où l'Humanité survivait au travers de la barbarie, de sa propre barbarie, lâche, stupide et raciste. Aux U.S.A en 1968 c'est l'époque des émeutes et des problèmes raciaux qui descendent violemment dans la rue. Ce sont les débuts des Black Panthers, Huey Newton est emprisonné, et le pays voit se soulever des dizaines de milliers de personnes pour exiger sa libération. C'est aussi à cette époque que Luther King est assassiné (et avec lui les principes moraux de non violence). Il faut se souvenir de tout ça et tenter de se remettre dans le contexte de l'époque pour imaginer le choc que provoqua la fin du film aux spectateurs américains… juste parce que son héros est noir et qu'il se fait exécuter froidement par les représentants de la loi. Le réalisme de la parabole est soutenu par le réalisme des scènes d'action, de violence et de cannibalisme, privilégiant l'information visuelle brute (à la manière d'un reportage pris sur le vif) et évitant le lyrisme ou les effets de style.

 
Dix ans plus tard, Romero lève enfin le soleil sur le monde des zombies. Cette fois ci c'est l'aube des morts – « DAWN OF THE DEAD »**. Les zombies sont là, on sait ce qu'on va voir et dans quel film, quelle histoire stéréotypée on entre. On est alors balancé tout de suite dans l'action : les zombies sont partout, en nombre croissant, mais quelques poches résistent comme ce studio de télévision où s'étripent (au figuré pour le moment) différents experts. Pendant ce temps la police essaye de nettoyer un immeuble dont les caves sont pleines de morts vivants. Un petit groupe de quatre personnes (une journaliste, un pilote et deux policiers) s'enfuient en hélicoptère. Ils finissent par se poser sur le toit d'un grand centre commercial et s'y installent jusqu'à ce qu'une bande de pillards précipitent la fuite des deux derniers survivantEs vers l'inconnu. Le scénario est celui d'un film d'action classique, mais sa réussite tient à un scénario basique et efficace (presque sans temps morts) qui sert de cadre au fim pour permettre au réalisateur de prendre son temps pour raconter autre chose…
 

"YOU ARE STRONGER THAN US, BUT SOON I THINK, THEY WILL BE STRONGER THAN YOU. . ."

En premier lieu regardons de plus prêt les rapports entre les personnages : le pilote et la fille par exemple, on l'apprend sans le savoir, mais ils ont une relation particulière : ils devaient vivre ensemble avant mais depuis les évènements qui les touchent elle adopte une position de refus. Elle ne veut plus vivre avec lui et refuse l'enfant qu'elle porte. Le pilote, Stephen, qui ne fait pas preuve d'un bon sens particulier tente de reconstruire pour oublier. Il insiste pour reformer le couple, espère cet enfant, attend d'elle qu'elle l'aide à (re)créer la cellule familiale qui serait pour lui un rempart contre l'horreur qu'ils traversent. Il idéalise totalement, il peste devant la télé car pour lui il n'y aurait pas de problèmes si les gens faisaient ce qu'on leur disait de faire. Peter (l'un des deux policiers) le coupe et lui demande si il pourrait trancher la tête de sa femme et brûler son corps si elle venait à mourir. Il ne pourrait sûrement pas, il le sait, il fuirait et serai comme tous ces gens qu'il raille. Il sait aussi que Peter pourrait le faire, celui-ci a donc un avantage notable sur lui. L'union libre que les quatre ont établis est dès le début hiérarchisée. Lorsque les pillards attaqueront le magasin, il commettra des erreurs et des imprudences car il ne vaut pas leur laisser ce qu'ils ont, il a un réflexe de propriété et est prêt à tuer pour défendre ce qu'il a. Il est exactement comme ceux qui sont déjà morts.

La fille, Fran, est beaucoup plus forte, elle sait que le monde dans lequel elle évolue est voué à court terme à sa perte à sa perte et sa résignation lui fait refuser le schéma modèle qui devrait s'imposer à elle. Dès la première scène du film, on peut la voir totalement résignée et détachée «  l'ennemi n'est pas en cause, c'est notre faute…  » se dit elle devant le spectacle effarant d'un responsable politique totalement en décalage avec la réalité vécue par les gens. Elle choisit donc de refuser son enfant, refuser son couple et insiste pour apprendre à utiliser les armes et à piloter l'hélicoptère, ce qui la sauvera car Stephen se fera tuer par manque de sang froid. «  Mettre au monde un enfant dans ce monde c'est criminel  », c'est la raison mise en avant par Fran pour refuser le rôle habituel de la femme dans la plupart des films (et surtout dans les série B américaines) à savoir seconder le héros et lui assurer une progéniture (« ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants… ») mais cette raison valable n'est elle pas un alibis, tout comme la traque des zombies est l'alibi pour certains de s'adonner aux joies sadiques de la chasse à l'Homme ? En tous cas, dès le début, une sorte de pragmatisme, de réalisme face à la situation unit Fran et Peter. Dès que celui-ci la sait enceinte, il lui propose d'avorter, il connaît des méthodes. Ca provoque une nouvelle frustration chez Stephen qui écoute sans mot dire.

 

"OPERATOR DEAD, POST ABANDONED. I REPEAT, OPERATOR DEAD, POST ABANDONED"

Les deux autres personnages principaux sont deux flics des SWAT (brigades d'assaut), ils se rencontrent lors de la première scène choc qui les voit affronter avec leurs collègues une communauté noire qui tente de garder ses morts, qui ne le sont pas tout à fait… De nouveau et comme dans le premier film, on retrouve un personnage afro-américain : Peter. Les deux sont liés par une sorte de pacte tacite : pendant l'attaque du ghetto noir Peter va abattre un autre flic, Wooley, qui se vautre dans une violence inconsidérée mue par le racisme et l'excitation d'être autorisé à faire des cartons. Roger, le second policier, témoin du meurtre choisit de ne rien dire et approuve l'exécution du raciste.

 

Leur attitude pendant le premier assaut pose le décor, il n'y a plus aucune émotivité devant un mort vivant. C'est devenu un fait banal que d'en abattre. Parce que Peter vide son chargeur lentement sur les zombies à demi décomposés de la cave, parce qu'il ne semble plus affecté par le sort réservé aux vivants que de voit les morts marcher, le spectateur sait qu'il n'entre pas dans un film d'horreur classique. Ce n'est pas le monstre qui est à la source du suspense, c'est en l'Humanité que résident les éléments perturbateurs qui feront rebondir le récit. Roger semble sympathique mais il périra par sa précipitation et son inconscience… il sera victime de son mental, c'est-à-dire de lui-même. Il perd le contrôle petit à petit dans la première partie du film et lorsque les fuyards vident le supermarché de ses « occupants », il en vient à s'exciter et à insulter les zombies, révélant une attitude irrationnelle. Il perd pied et se réfugie dans la puérilité. Comme Stephen, Roger mettra en danger la vie de ses compagnons et les deux finiront fatalement par rejoindre les rangs de ceux qu'ils combattent.

Allons plus loin, on ne peut pas vraiment parler de conception anarchiste des rapports humains, la solidarité qui règne est une solidarité face à l'adversité, forcée. Les différents personnages ne semblent pas remettre en cause la société dans laquelle ils évoluaient. Des animosités sont présentes : Peter et Stephen ne s'entendront jamais, comme dans «  LA NUIT… » Stephen ne fera jamais confiance à Peter, il tique quand celui-ci lui est présenté au début du film et ne supporte pas son assurance. Il tique peut être comme a tiquée une partie du public américain peu habitué encore à ce qu'on lui présente un acteur noir à contre emploi tellement ceux-ci sont stéréotypés dans le cinéma U.S…. (même dix ans après 1968 ! Will Smith et Wesley Snipes sont encore très jeunes à cette époque) Si ils n'hissent tout de même pas le drapeau rouge et noir sur le toit du « mall », quelques réflexions sont méritent d'être notées. En effet, lorsque Roger et Peter découvrent les rayons garnis qui sont tous à leur disposition, Roger est surexcité et veut tout prendre, tout posséder. Peter lui explique alors qu'ils ne doivent prendre que le nécessaire et il chapeautera une organisation raisonnée de leur refuge au sein du supermarché. Tentative pathétique de reconstruire un îlot d'humanité dans un océan de barbarie.

Les autres personnages interviennent dans le récit en rupture avec l'attitude du groupe. D'abord on verra les membres dela Garde Civile abattre des zombies dans des champs, ratisser des forêts dans une scène burlesque : ils pique niquent joyeusement en tirant les morts vivants comme à la fête foraine. Les morts vivants pendus aux arbres rappellent les coutumes sympathiques du Sud profond des Etats-Unis où à l'époque (?) c'était des gens comme Ben de «  LA NUIT… » ou Peter qui étaient les cibles.

 

Si le zombie nous est présenté comme une menace, le « méchant » de l'histoire, cette scène sans les humaniser du tout (ils sont présent là uniquement comme de vulgaires silhouettes) a le mérite de nous « déshumaniser » les vivants, ou de nous expliquer que l'Humanité n'est au fond que de la barbarie… Constat très dur contre nous-mêmes, car si nous ne pouvons voir de culpabilité chez le zombie (il ne sait pas ce qu'il fait, c'est uniquement une présence physique et pas du tout morale) il en va autrement pour nous.

Perdons nous toute humanité en cas de crise, ou sommes nous finalement que les barbares qu'une crise révèle finalement ? Burlesque aussi l'intervention des pillards. Ils ne suivent pas la même gestion raisonnée que Peter, lorsqu'ils pénètrent dans le supermarché, ils se moquent des zombies en leur envoyant des tartes à la crème et pillent tout ce qui leur tombe sous la main et ce qu'ils ne peuvent emporter, ils le détruisent ! Ils représentent l'Humain à degré zéro, du pur capitaliste à l'état sauvage, si les quatre fugitifs tuent les zombies c'est pour leur survie, eux tirent pour s'amuser. Ils ne sont pas très éloignés des débiles de la garde civile. A un certain moment du récit, la menace réelle ne semble plus être le mort vivant mais bien les vivants eux-mêmes qui en situation de chaos ont recours à l'individualisme forcené et aveugle.

"OUR RESPONSABILITY IS FINISH"

 

Le dernier personnage, c'est bien sûr le zombie lui-même. Il ne semble pas invincible mais son nombre et son absence de sentiments et de morale font qu'il ne recule jamais et que petit à petit il effrite la résistance, pousse les gens à se révéler tels qu'ils sont. Si les personnages du film ont tant de mal à lutter contre les morts vivants c'est qu'ils doivent lutter d'abord contre eux-mêmes. Plusieurs scènes du film montrent une analogie intéressante, par exemple lorsque Roger court dans les rayons du magasin il tombe nez à nez avec un mannequin en plastique qui nous fait aussitôt penser à un zombie. Du mort vivant au mannequin et du mannequin au consommateur l'analogie est parfaite lorsqu'on voit des hordes de zombies déambuler lentement dans les allées, prendre les escalators. Pourquoi font-ils ça ? «  Peut être qu'ils ont gardé leurs habitudes d'autrefois  » souligne Peter. Il faut aussi voir les déambulations sinistres des zombies dans le centre commercial qui deviennent grotesques dès que Peter et Roger mettent en route la musique du supermarché, ce ne sont plus du tout des monstres effrayants et sanguinaires mais des parodies de consommateurs que nous voyons alors. Les zombies semblent flâner dans les rangs du magasin. Rien qu'en changeant la musique, le sens de ce que nous voyons est appuyé.

Que nous montre Romero, des vivants morts qui font du shopping ? Il sous entend plutôt que la société de consommation est une société de zombies qui accomplissent des tâches par habitude, comme hypnotisés. «  Qui sont les vrais cannibales ?  » se demande le professeur de « CANNIBAL HOLOCAUST » une fois revenu dans l'enfer de la jungle urbaine. Romero lui ne se pose pas la question, ses vrais cannibales ce sont les victimes de la société de consommation.

 
Si les quatre combattent d'abord les zombies, ils combattent ensuite et surtout des vivants, le mondes des zombies n'étant que le cadre de leur lutte. SeulEs la fille qui fait valoir ses droits et Peter l'afro-américain concerné par les problèmes raciaux ont les clefs pour lutter et s'en sortir. Ni Roger le flic « sympa » et Stephen le pilote « middle class » n'ont l'expérience de la lutte au sein même de la société. La lutte contre les zombies les emportera dans la mort, pendant que les assassins et les fascistes s'en donneront à cœur joie dans ce paradis de la barbarie qu'est devenu le monde, jusqu'à ce qu'ils crèvent tous. Contrairement à la majorité des films américains standards, « ZOMBIE » condamne le « shoot them up » et les solutions par la violence qu'on peut voir dans des films quasi fascistes comme « ALIENS » où la solution est militaire et réside dans combien de chargeurs ont-ils à disposition.

 

Une Amérique raciste qui tente d'appliquer les méthodes qu'elle réserve d'habitude à ses minorités ou à ses pseudos ennemis est forcément condamné si l'ennemi qu'elle vise c'est elle-même. C'est une des remarques de Romero, ce qu'on fait à autrui on finira par se le faire à soi-même. C'est une attitude criminelle ET suicidaire. «  Quand les morts marchent, ils faut arrêter de tuer ou on perd la guerre…  » déclare le vieux pasteur unijambiste au début du film. Ce qui se passe à l'échelle du pays dans le film c'est ce qui se passe dans les ghettos noirs, dans les réserves indiennes, pour les femmes… Pour Romero ces « minorités » sont presque mortes , les gens bien attentionnés pensent que le gouvernement ampute ce qui est pourri sans se rendre compte qu'ils ont la gangrène de la tête au pied.

Le portrait de cette Amérique qui se détruit elle-même est intéressante car elle passe au travers d'abord d'un film d'horreur et ce film d'horreur lance définitivement le genre (paradoxalement vite tombé en désuétude) du « film de zombies » avec ses règles simples : Qui est il ? tout le monde, homme, femme, enfant, de toutes origines. Il est mort et pourtant se relève (soit à cause de radiations, soit à cause de rites vaudous, soit à cause de scénarios rigolos) ne réfléchit pas et cherche de viande humaine pour se nourrir. Il est lent et peut facilement être abattu par la destruction du cerveau***. Mais, contrairement à l'italien Lucio Fulci qui sort l'année suivante « L'ENFER DES ZOMBIES » (carrément titré sans aucuns scrupules en V.O. « ZOMBI 2 ») en reprenant ces données au mot et en les appliquant avec un sérieux inébranlable, la réflexion de Romero n'est définitivement pas sur la mort mais bien sur les vivants. Ses morts vivants ne sont pas des corps putréfiés dont sortent des vers par les oreilles comme on peut le voir chez Fulci, ses zombies sont des « vivants » simplement maquillés en bleus, des répliques d'humains à peine décalées. Chez Fulci le mort vivant c'est le reflet de la vie, son contraire total. La mort contre la vie. Chez Romero le zombie n'existe que si il est en masse, ce n'est pas un vivant qui regarde la mort dans les yeux, mais une société paniquée devant elle-même.

"WHEN THERE'S NO MORE ROOM IN HELL, THE DEAD WILL WALK THE EARTH"

La menace externe est en fait une menace qui vient du plus profond de nous-mêmes, notre organisation sociale ne nous protège pas de nous-mêmes et ceux et celles qui la combattent luttent aussi contre leur part d'eux même que la société a perverti. Ce n'est pas la violence qui représente le « mal », c'est l'organisation sociale qui la provoque et s'en nourrit qui est à blâmer… Le final, moins noir que dix ans auparavant, laisse une lueur d'espoir… Refusant le suicide, Peter l'antiraciste et Fran la féministe s'en vont au loin, résignés mais ensemble, essayer de vivre. Trouveront-ils l' eden****  ? Ce final provoquant en forme d'ouverture biblique est pour le moins surprenant et classe ce film comme un des chefs d'œuvre des films bis subversifs.

melvin

 

* Zombie – 1978 – USA. On peut le trouver en vidéo un peu partout, il est passé à canal + y'a pas très longtemps et une édition assez chère en DVD est dispo en zone 2. Il s'agit du montage européen et on retrouve avec le film un making of d'un intérêt modeste, ainsi que quelques courts reportages sur différents aspects du film (montage, effets spéciaux…). Depuis Mad Movies a sorti le même DVD sans ses bonus, mais avec un indispensable livret. A noter aussi que la jaquette du DVD reprend par erreur des photos du "JOUR DES MORTS VIVANTS". Vient de sortir assez cher une édition collector en import reprennant moult docs et les différentes versions du film. C'est trouvable pour 60 euros (arf !) à Movies 2000.

** Il faut noter une différence entre "DAWN OF THE DEAD" et "ZOMBIE".  En effet le premier est le film monté par Romero lui-même, le second est le même film mais monté par Dario Argento, producteur du film qui s'occupera de la version européenne du film. Les différences résident d'abord dans le choix de la musique (Argento confiera la partition à ses camarades de Goblin) mais aussi dans le choix d'Argento de faire un montage plus nerveux et plus resserré que la version de Romero (5 minutes de plus) …

 

*** Ces règles tendent à changer avec la tentative de réhabiliter le genre… mais « 28 JOURS APRES » n'étant pas un film de zombies (ses pseudos zombies sont justes des gens enragés et les morts ne se relèvent pas) et "L'ARMEE DES MORTS" le récent remake de "ZOMBIE" qui présente des zombies rapides n'est guère convaincant. Ceci dit, on assiste un retour à l'horreur craspec, débarrassée de ses oripeaux comiques et ironiques qui lui collent à la peau depuis "EVIL DEAD" et qui à débouché sur le désastre "SCREAM". Mais si par exemple "TEXAS CHAINSAW" propose un remake censé et intelligent, le remake de "ZOMBIE" oublie l'essentiel de son prédécesseur pour garder uniquement le lieu, le supermarché, qui perd ainsi toute sa symbolique. Il est intéressant de voir les deux pour bien comprendre l'ampleur politique du Romero et au-delà de son film, la portée qu'avait nombre de série B de la fin des années 70. Pour finir, "L'ARMEE DES MORTS" recèle quand même une scène d'anthologie : le prégénérique d'une bestialité et d'un chaos rare qui expose la situation de manière brutale et jouissive. On aurait espéré que le film continue sur cette voie pour développer l'histoire avec une vision moins claustrophobe mais comme pour "28 JOURS APRES", on reste sur notre faim. C'est peut être le choix du film remaké qui est décevant... L'intêret de "ZOMBIE" reposant aujourd'hui dans son témoignage des crises sociales des années 70, le refaire était très casse gueule !

**** Le troisième volet "LE JOUR DES MORTS VIVANTS" laisse supposer que non, on y suivra la lente agonie d'un petit groupe de scientifiques enterrés dans un bunker contrôlé par des militaires vindicatifs dans un monde entièrement livré aux zombies et qui semble comme « pacifié » par la mort. Un esprit sympatoche règne sur ce dernier (jusqu'à quand ?) volet, antimilitarisme, critique de la science et de la vivisection, antiracisme et antisexisme… Mais un budget aussi étriqué que les décors et des lacunes dans le scénario font chuter la crédibilité de ce qui aurait dû être l'apothéose de la trilogie, c'est-à-dire la description de ce qu'avait prévu Marx : la chute totale du capitalisme par autophagie. Si le "ZOMBIE" 2004 n'est pas des plus captivant, un remake du "JOUR..." aurait peut être pu donner des moyens à cette histoire, mais y'a t'il encore des gens capables de faire ce genre de films ?

 

ce texte a été originellement publié dans le zine de l'APF (CONTRE CULTURE #3), il a été depuis légèrement modifié

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

MAD MOVIES #26. Avril 1983

C'est un vieux Mad, pas très évident à dégoter... On y trouve une analyse du film d'époque, très pertinente, ainsi qu'une très belle iconographie. 5 pages essentielles pour mieux comprendre "Zombie".

MAD MOVIES #37. Septembre 1985

On trouve dans ce vieux numéro un dossier sur le cinéma gore. Le dossier brosse habilement les contours de ce cinéma de l'extrême. Comme toujours de belles photos... Très utile pour resituer intelligement le film dans son contexte. (Suite à ce dossier on trouve une interview de Deodato... mais ça n'a pas grand rapport avec notre sujet)

MAD MOVIES #53. Mai 1988

L'équipe de Mad à l'époque pondait des dossiers qui sont devenus quasiment légendaires aujourd'hui. Là, c'est aussi bien fait que le dossier sur le cinéma gore, mais celui ci s'intéresse uniquement aux films de morts vivants, et donc, à "Zombie". Comme toujours de bien belles photos et des renseignements passionants.

ZOMBIE STORY

Il s'agit du livret qui accompagne la sortie DVD du film dans la collection de Mad Movies. Très complet, très bien documenté et très bien écrit, il doit faire préferer cette édition à l'autre (quasi identique) car ce livret est beaucoup plus intéressant que le documentaire sur Romero présent dans l'édition normale. Analyse du film et historique très complet du film de zombie, inconographie un peu pauvre mais très bon boulot effectué par le grand prêtre de Mad, Jean Pierre Putters.

L'ECRAN FANTASTIQUE #31. Février 1983

37 pages consacrées au thème du film de zombies, une filmographie commentée, de nombreuses photos dont certaines très rares. Mis à part un style que personnellement je n'aime pas trop, ce numéro spécial est un pur bijou et surtout contient une mine de renseignements et d'informations indispensables pour ceux et celles qui veulent pousser plus loin leur connaissance du sujet.

TOXIC H.S. #1 Avril 2004

La tentative de faire un magazine complet et fort en couleur (avec une qualité d'impression détestable) ne peut pas faire oublier l'indigence de certains textes. Mêmes si il regorge de photos, elles sont assez crades pour la plupart, on trouve pourtant des interviews (dont une de Romero) et quelques articles intéressants sur les films de zombies exotiques. Mais le manque de rigueur et la maquette complètement naze fait que ce journal est un peu le Punk Rawk du film d'horreur (il a été mis en place par l'Ecran Fantastique pour proposer un journal à un public plus ciblé, exactement comme Rock Sound l'a fait avec Punk Rawk). A chourrer si vous êtes vraiment motivé !

CINE ZINE ZONE #4 Bis 1999

Bon d'accord, ce numéro spécial du meilleur fanzine de cinéma de genre n'entretient pas un rapport direct avec le film de cette page. Il propose un dossier Ruggero Deodato et une analyse globale du cinéma gore. Ca a pas vraiment sa place ici, mais le travail présenté ici est vraiment de qualité, donc... C'est assez dur à trouver, mais vous pouvez peut être en dénicher sur Paris dans quelques librairies spécialisées.

"GORE. Autopsie d'un Cinéma" de Marc Godin.

C'est le livre tape à l'oeil par excellence. C'est aussi le livre qu'il faut montrer à sa grand mère pour lui prouver que le cinéma gore peut être un cinéma respectable. C'est un gros livre, lourd, aux feuilles très épaisses, mais au texte maigrichon tout en restant prétentieux. Le pire étant que de nombreuses erreurs et approximations parcèment ce livre indigent... Mon conseil : à éviter, vaut mieux se replier sur les vieux Mad ou sur le livre suivant.

"LE CINEMA GORE. Une Esthetique du Sang" de Philippe Royer aux éditions du cerf.

Ce livre, qui brasse quasiment 50 ans de cinéma gore, fourmille d'infos et de remarques pertinentes. Très peu de photos, quoique celles ci soient bien choisies, mais ici il n'est pas question d'esbrouffe comme dans le Godin, car le texte est très rigoureux et se révèle passionant ! L'enquête est très fouillée et propose finalement un regard critique et esthetique rare sur ce cinéma trop rarement pris au sérieux comme dans cet ouvrage indispensable.

"BOOK OF THE DEAD" de Jamie Russel aux éditions FAB PRESS.

Ce livre est anglais. C'est la Bible du film de Zombies... Tout, tout, tout, une filmo complète, des analyses dans tous les sens, une iconographie complète... Seul bémol : Classer 28 days later et Bad Taste dans les films de zombies... c'est pas tout à fait ça !